Description du livre
L'intention de ce livre part d'un dialogue de sourd entre ses deux auteurs, une économiste et un philosophe, initialement incapables de s'entendre sur le rôle et l'importance de l'argent. Mais aussi d'une intuition commune : c'est peut-être sur le seul terrain de la politique, c'est-à-dire non pas contre mais au-delà de l'économie et des morales philosophiques, qu'il faut en chercher la vérité. Deux impasses, donc, Et une nouvelle perspective : la politique entendue comme lieu de contradictions et d'inventions plutôt que de synthèse.
Une impasse éthique d'abord, parce que c'est pendant longtemps sur ce seul plan que les philosophies et les religions le pensent ; et parce que l'argent est un rapport social transi par ses usages et ses appropriations individuelles. Or les éthiques de l'argent se révèlent souvent de simples ritournelles qui prennent généralement la forme d'une recherche d'un juste milieu introuvable.
Et une impasse de la science économique ensuite. Car en faisant de l'argent objectivé en monnaie un pur instrument, elle ne parvient à le définir que par ses fonctions et le conçoit contradictoirement : tantôt passif et potentiellement déstabilisateur, tantôt actif et indispensable mais fragile. La monnaie apparaît finalement comme un objet impossible pour l'analyse économique en ce qu'il agrège tout ce qu'elle repousse en dehors de son champ : le fondement des désirs d'appropriation des individus, la définition de la commensurabilité des biens, et peut-être même la raison d'être d'une société marchande.
Dès lors, à la croisée de l'intime et de l'économique, l'argent relève d'un questionnement politique qui peut seul nouer ces deux dimensions : la vérité de l'argent n'est ni morale, ni économique, mais politique, et l'argent est d'abord une exigence d'invention collective.