Description du livre
« Un carnet n’est pas un luxe d’homme de lettres ; il peut devenir, pour un pasteur, un acte de fidélité. Fidélité à la réalité, d’abord : celle des visages rencontrés, des paroles confiées à la sortie d’une messe, des larmes aperçues au bord d’un cimetière. Fidélité aussi à l’invisible : ce travail secret de Dieu dans les coeurs, qui passe parfois par une question posée par un jeune, une demande de baptême au détour d’un stand, un geste de fraternité dans une foule. Beaucoup de choses se donnent, puis se perdent si personne ne les recueille. Le journal est alors une façon de ne pas laisser le don se dissoudre dans l’oubli. »
« Le pasteur est sans cesse exposé : aux attentes, aux demandes, aux critiques, à l’urgence, à la fatigue. Il peut être tenté de s’endurcir pour tenir. Mais s’endurcir, c’est déjà se perdre. Écrire, au contraire, aide à rester poreux à l’humain, à ne pas se laisser gagner par la dureté, à garder le goût des petites choses. Le carnet devient alors un lieu intérieur où l’on dépose la journée, où l’on confie à Dieu ce que l’on n’a pas su répondre, ce que l’on a reçu sans l’avoir mérité, ce que l’on a vu et qui demande intercession. »
« Ainsi, si un évêque de Corse écrit, ce n’est pas pour se raconter : c’est pour ne pas laisser s’éteindre ce qu’il a vu. C’est pour tenir ensemble la mer et l’autel, la route et la prière, la tradition et l’avenir, la joie et la peine, la foule et le silence. C’est pour apprendre, chaque jour, à reconnaître que Dieu passe — souvent sans bruit — dans l’ordinaire du monde, et qu’il appartient au pasteur, autant qu’au fidèle, d’en garder la trace. »
« Il y a aussi, dans ces carnets, une confession discrète : celle d’une gratitude. Gratitude pour une terre rude et belle, pour un peuple attaché à ses racines sans se fermer à l’avenir, pour une foi qui se transmet encore par des gestes simples, des processions, des prières murmurées, des silences partagés. »