Description du livre
À quoi sert l’art ? Le dégager de toute fonction matérielle et n’en faire qu’un supplément d’âme hédoniste, ce serait oublier qu’il puise ses idées et ses anticipations dans le mouvement même de la société où il est inséré, qu’il y déploie tous ses possibles et explore ce qui n’est pas. Quels que soient sa nature, son époque et ses modes d’expression, l’art demeure toujours disponible, dans toutes ses déclinaisons, pour saisir ce qui nous arrive – et ce qui peut nous arriver, pour ainsi forger une exceptionnelle matrice de perception et d’analyse du présent, pour nous laisser en quelque sorte entrevoir le temps qui reste. Car l’art trace tout autant les voies d’une compréhension du réel que celles de l’émotion et de la beauté.
Le fait que l’art existe partout, en dépit de tout, en dépit des frontières, de toutes les frontières, impose l’évidence d’une identité collective et d’un substrat symbolique commun. « S’exprimer dans une autre langue, écrit Lenka Horňáková-Civade, c’est se réinventer. Se redécouvrir et redécouvrir le monde ». La métaphore dit ce que peut l’art dans ses diverses médiations, et invite à une pensée résolument polymorphe et ouverte, à accepter l’altérité tout simplement. Et si l’art parvient à mettre en jeu nos pensées ou nos besoins, nos rêves ou nos phobies, et renvoie si bien à nos fictions les plus intimes, à ce qui finalement nous fait vivre et vibrer, c’est qu’il est d’abord servi par des femmes ou des hommes qui en font métier. Parler d’art, c’est donc aussi, parler d’artistes qui nous aident à leur manière à voir autrement, à goûter la saveur de la vie et à en accepter la finitude. Ces artistes-là sont au cœur de cette huitième livraison des Cahiers.
En clôture de son étude sur Gabriel Fauré, Vladimir Jankélévitch écrit ceci : « Il est presque incroyable, à notre époque si désespérément sèche, qu’on puisse parler de charme et qu’une musique ose s’adresser fraternellement au cœur de chacun… Et pourtant c’est un fait : la grande phrase du sixième nocturne trouve d’emblée, comme une amie, le chemin du cœur. À condition, bien entendu, qu’on en ait un ».