Description du livre
L’œuvre d’Erving Goffman est souvent taxée d’apolitisme ou de conservatisme. Elle est rabattue sur un « niveau microsociologique », quand elle n’est pas contestée dans les études sur le politique. Selon quelles modalités articuler sa « microanalyse de l’ordre de l’interaction » avec d’autres grandeurs d’échelle spatiale et temporelle, qui transcendent l’ici et maintenant de la coprésence ? De quelles façons interpréter le fameux « couplage flou » entre l’ordre de l’interaction, d’une part, et l’ordre des structures ou des institutions, d’autre part ? Et quelles conséquences en tirer, dans la menée de nos enquêtes et de nos analyses sur le politique ?Sur divers corpus textuels et empiriques, cette livraison de Raisons pratiques explore les implications d’une analyse du monde social en termes de « politiques de l’interaction ». Elle ouvre de nouvelles pistes de recherche sur les rituels d’interaction et leur rapport aux inégalités, la vidéocommunication dans les institutions, les conflits de place en contexte familial ou professionnel, les mobilisations contre des formes de stigmatisation et de discrimination, les ambiguïtés de la démocratie participative, le harcèlement des femmes dans les lieux publics, les microagressions dans des interactions quotidiennes, et les réactions aux situations de danger ou de confrontation à la violence.Ces enquêtes et analyses prennent au sérieux les catégories que Goffman nous a léguées d’ordre public, de rite, de face, de stigmate, de cadrage ou de passing. Elles attestent de la fécondité d’une politique d’inspiration goffmanienne, qui ne fasse pas des analyses de situation de simples illustrations « micro » de structures sociales ou de processus historiques qui se joueraient ailleurs.