Description du livre
" Clémence s'était remise au dessin de son bouquet. Calé contre la cuisinière -il supportait difficilement le froid, sans doute à cause de ses longs séjours dans les pays chauds- Vital s'était plongé dans la lecture du Courrier des Vosges, le journal officiel du préfet d'Épercy dont il commentait les nouvelles, tantôt s'emportant, tantôt partant d'un rire en cascade qui gagnait sa femme. "
Née à Rambervillers en 1841, Clémence a grandi dans l'univers de la faïencerie, où travaillait son père, chef d'atelier. C'est tout naturellement qu'elle perpétue la tradition. Orpheline et veuve d'un artisan mort au combat, elle assume seule leur enfant et prend en charge un frère revenu impotent de la bataille de Sébastopol. Elle survit avec le maigre fruit de ses ventes de terres cuites, dans une ville meurtrie. Dans les années 1870, des Alsaciens, refusant la soumission à l'ordre prussien, se réfugient en nombre en Lorraine. Parmi eux, des Juifs qui seront à l'origine de l'âge d'or du textile vosgien. Palmyre Lazare est de ceux-là. Il tombe sous le charme de Clémence. Mais la vie de celle-ce ne connaîtra pas pour autant un cours plus tranquille : l'antisémitisme sévit. En 1916, Clémence aura survécu à toute sa famille, à son mari Palmyre, à son fils mort à la guerre, son enfant unique pour qui elle avait modelé, peint d'émaux, la fameuse sculpture du loup de Métendal (une statue de l'Hippodrome de la ville, lieu de promenade privilégié entre Clémence et son fils.)